La dégradation des sols est un enjeu global, mais comment en évaluer concrètement l’état ? À Montpellier, des chercheurs développent et croisent des indicateurs biologiques, chimiques et physiques pour mesurer la santé des sols et guider leur restauration. Une expertise de précision, au service de l’agroécologie.
Un concept aux multiples dimensions
Parler de “santé des sols”, c’est poser une question complexe : un sol est-il capable de remplir ses fonctions écologiques essentielles ? Cela inclut sa fertilité pour l’agriculture, sa capacité à filtrer et stocker l’eau, à absorber du carbone ou à héberger une biodiversité abondante.
Mais contrairement à une machine, un sol n’a pas un seul “bon état”. Sa santé dépend du contexte — climat, usage, type de sol — et évolue dans le temps. C’est pourquoi les chercheurs mobilisent une palette d’indicateurs scientifiques pour mesurer la santé des sols de manière rigoureuse et adaptée.
Trois grandes catégories d’indicateurs
À Montpellier, la communauté scientifique croise plusieurs disciplines pour mesurer la santé des sols en profondeur, autour de trois grands axes :
- Indicateurs physiques : texture, compaction, structure, porosité. Ces paramètres influencent la circulation de l’eau et de l’air, l’enracinement des plantes et l’activité biologique. Des outils comme la pénétrométrie ou la tomographie permettent de quantifier ces propriétés.
- Indicateurs chimiques : pH, matière organique, capacité d’échange cationique, teneur en azote ou en phosphore. Ces données révèlent la fertilité chimique du sol et sa capacité à nourrir les cultures sans recours excessif aux intrants.
- Indicateurs biologiques : biomasse microbienne, diversité des communautés, respiration microbienne, présence de bioindicateurs comme les vers de terre. Ce sont les indicateurs les plus sensibles aux pratiques agricoles, et souvent les plus révélateurs de l’état écologique du sol.
Des méthodes de terrain et de laboratoire
Les scientifiques montpelliérains combinent prélèvements de sol, analyses en laboratoire et mesures in situ pour évaluer ces indicateurs. Ils utilisent également des bases de données à long terme et des dispositifs expérimentaux agricoles pour suivre l’évolution des sols dans différents contextes climatiques ou d’usage.
Par exemple, l’observation des dynamiques de matière organique à l’échelle décennale permet de détecter les effets cumulatifs des pratiques agricoles sur la capacité des sols à stocker le carbone — un enjeu majeur dans la lutte contre le changement climatique.
Des outils pour la transition agroécologique
Ces indicateurs ne servent pas uniquement à faire un diagnostic scientifique. Ils sont aussi mobilisés pour concevoir des outils d’aide à la décision pour les agriculteurs, les collectivités ou les institutions. À Montpellier, les chercheurs travaillent à rendre ces données accessibles et opérationnelles, notamment à travers des protocoles simplifiés ou des outils numériques.
L’objectif : orienter les politiques agricoles et les pratiques de gestion vers des solutions qui restaurent la qualité des sols tout en maintenant leur productivité. En ce sens, la mesure de la santé des sols devient un levier stratégique pour réussir la transition agroécologique.