Alors que notre planète traverse une série de crises – climatiques, géopolitiques, économiques –, la crise alimentaire mondiale s’impose comme un défi majeur. Elle ne se résume plus à la seule question de la faim. Elle englobe aussi de profondes inégalités d’accès à une alimentation saine, un gaspillage massif de ressources et les limites écologiques de notre modèle agricole.
Face à cette situation, comprendre l’ampleur et la complexité du problème est essentiel pour agir. Voici six chiffres clés pour mieux en mesurer les causes, les impacts et les leviers de transformation.
783 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde
Ce chiffre alarmant nous rappelle que la faim est loin d’avoir disparu. Près de 800 millions d’êtres humains vivent encore dans une insécurité alimentaire chronique. Derrière ce constat se cachent plusieurs facteurs : conflits armés, sécheresses à répétition, chocs économiques, mais aussi inégalités d’accès à des ressources productives comme la terre, l’eau ou les semences.
À rebours d’une vision fataliste, il faut considérer la faim comme un phénomène évitable. Comprendre les systèmes alimentaires, les vulnérabilités locales et les interdépendances globales permet d’imaginer des solutions structurelles, durables et adaptées aux territoires.
Source : FAO, L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, 2023
1,3 milliard de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année
Chaque année, un tiers des aliments produits dans le monde est perdu ou jeté. Ce gaspillage massif se produit à toutes les étapes de la chaîne alimentaire : stockage, transport, transformation, distribution, consommation.
Il mobilise des terres, de l’eau, de l’énergie… pour rien.
Au-delà de la responsabilité individuelle, c’est l’organisation globale des filières qu’il faut interroger. Repenser la logistique, développer des modes de consommation plus sobres, revaloriser les invendus ou les coproduits agricoles : les pistes sont nombreuses pour bâtir un système alimentaire plus efficient et respectueux des ressources.
Source : FAO, Food Loss and Waste Database, 2021
80 % des terres agricoles sont consacrées à l’élevage
L’élevage, notamment intensif, accapare la majorité des terres agricoles à l’échelle mondiale. Cela concerne non seulement les pâturages, mais surtout les cultures destinées à nourrir les animaux.
Ce modèle a permis d’augmenter la production de viande. Mais il pèse aujourd’hui lourdement sur l’environnement. Entre émissions de gaz à effet de serre, déforestation, perte de biodiversité et usage massif de ressources, il atteint ses limites.
Diversifier les régimes alimentaires, valoriser des pratiques d’élevage plus durables, mieux articuler élevage et agriculture végétale : autant d’enjeux pour réduire l’empreinte de nos choix alimentaires.
Source : FAO, Livestock’s Long Shadow, 2006 / Our World in Data, 2023
3,1 milliards de personnes ne peuvent pas se permettre une alimentation saine
La crise alimentaire ne concerne pas seulement la quantité, mais aussi la qualité. Plus de 3 milliards de personnes dans le monde n’ont pas les moyens – économiques ou géographiques – de se nourrir sainement.
Cette situation touche autant les campagnes isolées que les zones urbaines défavorisées. Dans ces dernières, les aliments ultra-transformés remplacent souvent les produits frais.
Ce déséquilibre nutritionnel alimente des épidémies silencieuses : obésité, diabète, carences multiples. Pour y répondre, il faut rapprocher la production des besoins locaux, renforcer les circuits courts, soutenir la diversité des cultures alimentaires et rendre les produits sains accessibles à tous.
Source : FAO, IFAD, OMS, PAM et UNICEF, SOFI Report, 2023
Une alimentation saine pourrait éviter 11 millions de décès chaque année
Les conséquences d’une mauvaise alimentation dépassent la seule sphère nutritionnelle. Elles constituent un véritable enjeu de santé publique. Une alimentation saine et durable pourrait éviter jusqu’à 11 millions de décès prématurés par an dans le monde.
Agir pour une alimentation de qualité, c’est aussi soulager les systèmes de santé, améliorer la productivité et renforcer la résilience des populations face aux crises.
Source : The Lancet, Global Syndemic of Obesity, Undernutrition, and Climate Change, 2019
Moins de 1 % des financements publics mondiaux vont à la recherche sur des systèmes alimentaires durables
Malgré l’ampleur des défis, la recherche pour transformer durablement nos systèmes alimentaires reste sous-financée. Elle ne reçoit que 0,8 % des financements publics mondiaux liés à l’alimentation.
Pourtant, sans innovation scientifique, aucune transition ne sera possible.
À Montpellier, des équipes pluridisciplinaires – réunies autour de la Fondation One Science – travaillent chaque jour à mieux comprendre les interactions entre agriculture, environnement, nutrition et société. Croiser les savoirs, renforcer le dialogue entre science et décision publique, valoriser les connaissances issues des territoires : voilà les leviers pour bâtir des politiques alimentaires cohérentes et résilientes.
Car nourrir le monde ne doit plus se faire au détriment de la planète.
Source : Global Alliance for the Future of Food, Systemic Investment Gaps in Food Systems Transformation, 2021