Chaque jour, les signes d’un déséquilibre planétaire se font plus visibles. Incendies records, sécheresses prolongées, fonte des glaciers, disparition accélérée des espèces… La crise écologique n’est plus une menace abstraite : elle est déjà à l’œuvre. Face à cette réalité, une question s’impose : que savons-nous réellement de l’état de notre environnement ? Et plus encore : comment la science nous aide-t-elle à comprendre, anticiper et mieux protéger l’environnement et le vivant ?

Les chercheurs du monde entier déploient des outils puissants pour lire les signaux de la Terre. Ils décryptent ses dynamiques et repensent notre lien au monde naturel. Voici ce que révèlent leurs travaux.

Des limites planétaires à ne pas franchir

En 2009, un groupe international de scientifiques a proposé une nouvelle grille pour évaluer la santé de la planète : les « limites planétaires ». Ce cadre identifie neuf processus clés (climat, biodiversité, cycle de l’azote, acidification des océans, etc.). Leur dépassement pourrait entraîner des changements abrupts, parfois irréversibles.

Aujourd’hui, plusieurs seuils sont déjà franchis, notamment ceux liés à la perte de biodiversité et au cycle du carbone. Cela affaiblit la capacité des écosystèmes à se réguler naturellement. Les risques de basculements globaux augmentent. Comprendre ces limites, c’est poser la base scientifique de toute stratégie de protection environnementale.

Décoder les mécanismes de la crise écologique

Protéger l’environnement suppose d’abord de comprendre son fonctionnement. Les écosystèmes – terrestres, aquatiques ou marins – reposent sur des équilibres subtils : échanges d’énergie, recyclage des nutriments, interactions entre espèces. Ils assurent des fonctions vitales : pollinisation, filtration de l’eau, régulation du climat.

Mais les activités humaines perturbent ces mécanismes. Transformation des sols, pollution chimique, surexploitation des ressources ou encore espèces invasives modifient profondément la structure et le fonctionnement des milieux naturels.

Les scientifiques mesurent ces impacts, identifient les zones sensibles et suivent l’évolution des espèces. Ces données permettent de cibler les actions de protection. Elles révèlent aussi l’ampleur des liens entre les enjeux environnementaux, sanitaires, économiques et sociaux.

Observer, modéliser, anticiper

Dans un monde en mutation rapide, l’observation devient stratégique. Grâce aux satellites, aux stations de mesure et aux technologies d’imagerie écologique, la science dispose aujourd’hui d’une quantité inédite de données sur les forêts, les océans, l’atmosphère et les sols.

Au-delà des mesures, les chercheurs créent aussi des modèles prédictifs. Ils explorent différents scénarios : que se passera-t-il si les températures augmentent de 2 °C ? Que deviennent les zones humides si la pression foncière continue ? Quels choix permettraient encore de préserver les récifs coralliens ?

Ces projections ne sont pas des certitudes. Elles servent d’outils d’aide à la décision et éclairent les choix à prendre dès aujourd’hui pour protéger les équilibres de demain.

La connaissance, levier de transformation

Ce que la science révèle est parfois dérangeant, souvent complexe, mais toujours essentiel. Protéger l’environnement ne se réduit pas à une somme de gestes individuels. C’est une transformation systémique qui s’impose.

Cela suppose de repenser nos modèles économiques, nos infrastructures, nos usages de l’énergie, notre rapport au vivant. La recherche joue ici un rôle clé. Elle documente les effets des politiques publiques, analyse les comportements sociaux et explore les conditions du changement à grande échelle.

Aujourd’hui, la protection de l’environnement se trouve au croisement des sciences naturelles, sociales et technologiques. Elle repose sur des savoirs partagés, évolutifs et rigoureux. Et sur une volonté collective : bâtir un futur habitable pour toutes les formes de vie.

Comprendre, c’est déjà protéger. Chaque avancée scientifique nous rapproche d’une manière d’habiter la Terre qui se fait non plus contre elle, mais avec elle.

Quand les inégalités environnementales aggravent la santé

Face aux impacts du dérèglement climatique et à la dégradation de l’environnement, nous ne sommes pas tous égaux. Pollution, chaleur extrême et exposition à certains risques sanitaires touchent plus durement certaines populations. La santé environnementale permet d’analyser ces inégalités et de comprendre comment les facteurs environnementaux influencent la santé des populations.

À Montpellier, les chercheurs de la Fondation One Science analysent ces inégalités à l’interface entre santé environnementale, santé publique et sciences sociales.

Des expositions environnementales très inégalement réparties

Respirer un air pollué, vivre près d’industries ou subir des canicules répétées ne concerne pas tous les citoyens de la même manière. « Les quartiers populaires, souvent denses et peu végétalisés, cumulent plusieurs nuisances », explique Sarah Carminati, sociologue spécialiste des inégalités environnementales. « Ils disposent aussi de moins de ressources pour y faire face : logement, accès à l’information ou soins de santé. »

À Montpellier, plusieurs études montrent une corrélation entre vulnérabilité sociale et exposition à des facteurs de risque environnementaux. Les chercheurs identifient des « zones cumulatives de vulnérabilité », où les risques s’additionnent : pollution de l’air, îlots de chaleur urbains, manque d’espaces verts et précarité énergétique.

La chaleur extrême, un révélateur des inégalités environnementales

Les vagues de chaleur, amplifiées par le changement climatique, touchent particulièrement les populations vulnérables. « Elles affectent plus sévèrement les enfants et les personnes âgées, isolées ou à mobilité réduite – souvent issus de milieux précaires », souligne le climatologue Hugo Merlet.

Dans certains quartiers défavorisés, les logements mal isolés et l’absence d’arbres aggravent la sensation de chaleur. Les chercheurs utilisent des données satellitaires, des mesures de terrain et des enquêtes sociales pour identifier les zones prioritaires d’adaptation. Ces travaux aident les collectivités à mieux cibler leurs politiques de santé et d’aménagement.

La recherche interdisciplinaire au service de la justice environnementale

Répondre à ces enjeux exige de croiser urbanisme, sociologie, médecine, écologie et climatologie. La Fondation One Science fédère des chercheurs de disciplines différentes autour de projets communs.

Ces travaux permettent de :

L’objectif est double : comprendre comment se créent les inégalités environnementales et proposer des solutions concrètes et scientifiquement fondées.

Vers des villes plus équitables face aux risques environnementaux

À Montpellier, la Fondation One Science contribue à faire de la santé environnementale un enjeu de justice sociale. En documentant les mécanismes d’inégalités, en produisant des données fiables et en développant des outils d’aide à la décision, elle participe à l’élaboration de politiques publiques plus justes et efficaces.

Face aux défis environnementaux, la connaissance ne suffit pas. Elle doit être partagée et orientée vers l’équité. La recherche à Montpellier vise à assurer que la transition écologique ne laisse personne de côté.

Depuis plusieurs décennies, les crises sanitaires liées aux maladies infectieuses se multiplient. Zika, Ebola, Covid-19… Ces maladies émergent souvent à cause de nos interactions avec un environnement perturbé. À Montpellier, les chercheurs analysent comment les changements écologiques favorisent ces maladies et, surtout, comment les prévenir.

+250 % d’augmentation des maladies transmises par les animaux

Les maladies infectieuses liées à l’environnement et d’origine animale (zoonoses) sont en forte hausse, représentant plus de 60 % des infections humaines. Cette progression est alimentée par plusieurs facteurs environnementaux :

Les chercheurs de Montpellier étudient ces dynamiques grâce à l’approche One Health, qui relie santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes.

Observer les signaux faibles, modéliser les risques

À Montpellier, biologistes, épidémiologistes, vétérinaires, climatologues et écologues travaillent ensemble pour anticiper les crises. Ils détectent les signaux d’émergence des maladies, par exemple en suivant la circulation des virus chez certaines espèces animales ou l’évolution des zones à moustiques.

« Nous développons des modèles pour évaluer le risque de transmission selon le contexte écologique, les données climatiques, la biodiversité et les pratiques humaines », explique le Dr. Pierre Menant. Ces outils ciblent la surveillance sur les zones critiques et orientent les campagnes de prévention.

Étudier les réservoirs animaux pour prévenir la prochaine pandémie

Analyser la circulation des virus chez les animaux est essentiel pour prévenir les crises. Les équipes montpelliéraines travaillent sur la faune sauvage (chauves-souris, rongeurs, oiseaux migrateurs) et sur les animaux domestiques, souvent intermédiaires dans la transmission.

En étudiant les interactions entre espèces, environnement et humains, les chercheurs identifient les zones à risque. Ils croisent données de terrain, analyses en laboratoire et approches sociologiques pour comprendre les pratiques locales (élevage, chasse, marchés vivants) qui influencent les dynamiques infectieuses.

Montpellier, un pôle reconnu de recherche sur les risques infectieux

La région montpelliéraine est un site de référence pour la recherche sur les maladies infectieuses liées à l’environnement. Plusieurs laboratoires collaborent sur des projets interdisciplinaires, parfois à l’échelle internationale. Sa position géographique, entre Méditerranée, zones agricoles, milieux urbains et espaces naturels, en fait un terrain d’étude idéal.

La Fondation One Science Montpellier favorise les collaborations et renforce la visibilité des travaux locaux. Cette approche intégrée est essentielle face à un monde où les crises sanitaires sont de plus en plus liées aux dérèglements écologiques.

Anticiper plutôt que réagir : une science tournée vers l’avenir

Prévenir les épidémies implique de repenser notre relation à l’environnement. Grâce à l’approche One Health, la recherche montpelliéraine développe une vision globale de la santé, intégrant climat, biodiversité et comportements humains.

Ces travaux visent non seulement à comprendre les crises passées, mais aussi à imaginer des stratégies de résilience pour les années à venir, fondées sur des données solides, des outils prédictifs et une coopération étroite entre disciplines.

La dégradation des sols s’accélère dans le monde entier et menace la durabilité de l’agriculture. Restaurer les sols dégradés devient une priorité pour préserver la fertilité et les services écologiques essentiels. À Montpellier, la Fondation One Science expérimente des solutions concrètes telles que l’agroforesterie, les composts et les couverts végétaux. Ces pratiques agroécologiques offrent des leviers efficaces pour régénérer les sols et accompagner la transition vers une agriculture plus durable.

Pourquoi faut-il restaurer les sols dégradés ?

Érosion, perte de matière organique, compactage et pollution fragilisent les sols. Leur fertilité diminue et leur capacité à réguler l’eau, le carbone ou la biodiversité se réduit. Restaurer les sols dégradés ne se limite pas à réduire les intrants. Cela suppose de réintroduire des dynamiques biologiques et physiques capables de régénérer un sol vivant.

À Montpellier, les chercheurs combinent agronomie, biologie du sol et écologie fonctionnelle. Leur objectif : mesurer l’impact de plusieurs pratiques agroécologiques dans différents contextes pédoclimatiques.

L’agroforesterie, un levier pour restaurer les sols dégradés

Planter des arbres au sein des parcelles agricoles améliore l’infiltration de l’eau, limite l’érosion et enrichit la biodiversité. Selon la FAO (2022), l’agroforesterie contribue aussi au stockage du carbone. Les équipes de recherche analysent la densité, les essences et la disposition des arbres. Les résultats montrent des gains rapides en stabilité structurale, activité biologique et matière organique.

Compost et amendements organiques : nourrir la vie du sol

L’apport de compost réactive la vie microbienne et améliore la fertilité. Mais tous les composts n’ont pas les mêmes effets. Les chercheurs étudient leur composition et leur biodégradabilité. Certains composts se révèlent particulièrement efficaces sur des sols très appauvris, en stimulant bactéries et champignons bénéfiques.

Couverts végétaux : protéger et renforcer les sols

Semés entre deux cultures principales, les couverts végétaux limitent l’érosion, fixent l’azote et alimentent la faune souterraine. L’INRAE (2023) confirme que ces pratiques augmentent la biomasse racinaire et renforcent la résilience face aux aléas climatiques. Les chercheurs testent différentes espèces de légumineuses, crucifères ou graminées adaptées au climat méditerranéen.

Des pratiques adaptées au contexte

Ces solutions ne sont pas universelles. Leur efficacité dépend du type de sol, du climat et des pratiques agricoles déjà en place. La Fondation One Science privilégie donc une approche systémique :

Accompagner la transition agroécologique

Restaurer les sols dégradés grâce à l’agroforesterie, aux composts et aux couverts végétaux constitue une étape essentielle vers des systèmes agricoles résilients. Les connaissances issues des recherches guident aujourd’hui les politiques et les pratiques pour accompagner la transition agroécologique, du local au global.

La dégradation des sols est un enjeu global, mais comment en évaluer concrètement l’état ? À Montpellier, des chercheurs développent et croisent des indicateurs biologiques, chimiques et physiques pour mesurer la santé des sols et guider leur restauration. Une expertise de précision, au service de l’agroécologie.

Un concept aux multiples dimensions

Parler de “santé des sols”, c’est poser une question complexe : un sol est-il capable de remplir ses fonctions écologiques essentielles ? Cela inclut sa fertilité pour l’agriculture, sa capacité à filtrer et stocker l’eau, à absorber du carbone ou à héberger une biodiversité abondante.

Mais contrairement à une machine, un sol n’a pas un seul “bon état”. Sa santé dépend du contexte — climat, usage, type de sol — et évolue dans le temps. C’est pourquoi les chercheurs mobilisent une palette d’indicateurs scientifiques pour mesurer la santé des sols de manière rigoureuse et adaptée.

Trois grandes catégories d’indicateurs

À Montpellier, la communauté scientifique croise plusieurs disciplines pour mesurer la santé des sols en profondeur, autour de trois grands axes :

Des méthodes de terrain et de laboratoire

Les scientifiques montpelliérains combinent prélèvements de sol, analyses en laboratoire et mesures in situ pour évaluer ces indicateurs. Ils utilisent également des bases de données à long terme et des dispositifs expérimentaux agricoles pour suivre l’évolution des sols dans différents contextes climatiques ou d’usage.

Par exemple, l’observation des dynamiques de matière organique à l’échelle décennale permet de détecter les effets cumulatifs des pratiques agricoles sur la capacité des sols à stocker le carbone — un enjeu majeur dans la lutte contre le changement climatique.

Des outils pour la transition agroécologique

Ces indicateurs ne servent pas uniquement à faire un diagnostic scientifique. Ils sont aussi mobilisés pour concevoir des outils d’aide à la décision pour les agriculteurs, les collectivités ou les institutions. À Montpellier, les chercheurs travaillent à rendre ces données accessibles et opérationnelles, notamment à travers des protocoles simplifiés ou des outils numériques.

L’objectif : orienter les politiques agricoles et les pratiques de gestion vers des solutions qui restaurent la qualité des sols tout en maintenant leur productivité. En ce sens, la mesure de la santé des sols devient un levier stratégique pour réussir la transition agroécologique.

Chaque jour, 99 % de la population mondiale respire un air pollué. Ce chiffre alarmant dépasse les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2022). À l’échelle globale, plus de 6 millions de décès prématurés par an sont liés à la pollution de l’air, selon le Global Burden of Disease (GBD, 2019).

Pour comprendre les mécanismes biologiques et les dynamiques sociales, un large éventail de disciplines scientifiques se mobilise. À Montpellier, la communauté scientifique étudie ce phénomène dans toute sa complexité, à l’intersection de la biologie, de la chimie de l’environnement, de la médecine et des sciences sociales.

Ce que la pollution de l’air fait à notre corps : les mécanismes en jeu

Les particules fines (PM2.5, PM10), les oxydes d’azote, l’ozone troposphérique et d’autres polluants atmosphériques affectent directement la santé humaine, même à faible concentration (OMS, 2021). Lorsqu’elles sont inhalées, elles déclenchent une inflammation des voies respiratoires. Elles franchissent la barrière pulmonaire et peuvent pénétrer dans la circulation sanguine.

Ces mécanismes contribuent à l’apparition ou à l’aggravation de maladies chroniques telles que l’asthme, les maladies cardiovasculaires ou certains cancers (WHO, Air Pollution and Health, 2021). Les chercheurs analysent également les effets à long terme d’une exposition chronique :

Grâce à des modèles expérimentaux et à des données de cohortes, les équipes identifient des biomarqueurs précoces permettant de mieux caractériser l’exposition aux polluants.

Une pollution invisible, mais socialement très inégalitaire

La pollution de l’air est omniprésente, mais son impact est réparti inégalement. Les populations vivant près des axes routiers, dans des logements mal isolés ou dans des zones industrielles sont beaucoup plus exposées (European Environment Agency, 2022). Ce sont souvent les groupes les plus vulnérables socialement qui cumulent ces facteurs de risque.

À Montpellier, plusieurs quartiers combinent faible niveau de revenus, forte densité urbaine et proximité de sources de pollution. Les populations de ces quartiers vivent dans un environnement particulièrement nocif.

Ces recherches interdisciplinaires permettent de mieux orienter les politiques publiques. Réduction des émissions dans les zones sensibles, aménagements urbains, accès à l’information environnementale, ou encore adaptation des politiques de santé… Autant de solutions qui peuvent être mises en place.

Quand chimie de l’air et climat se rejoignent

La pollution atmosphérique ne peut être dissociée des enjeux climatiques. Certains polluants (comme l’ozone ou le carbone suie) sont également des contributeurs majeurs au réchauffement climatique. Inversement, les vagues de chaleur exacerbées par le changement climatique aggravent les effets de la pollution, notamment dans les villes.

Les chimistes et climatologues de Montpellier modélisent ces interactions complexes afin de mieux prédire les pics de pollution et leur impact sur la santé. Ils travaillent également à identifier les sources principales de pollution à l’échelle locale pour orienter les efforts de réduction.

Une science au service de la prévention

L’objectif des équipes réunies à Montpellier est clair : produire des connaissances précises, interdisciplinaires et opérationnelles pour mieux prévenir les effets de la pollution de l’air. Cela passe par la modélisation, la surveillance, mais aussi l’éducation et la diffusion des résultats auprès des acteurs de santé publique.

Invisible à l’œil nu mais indispensable à la vie sur Terre, la faune souterraine joue un rôle fondamental dans la fertilité des terres agricoles, le cycle du carbone ou encore la résilience des écosystèmes. À Montpellier, des chercheurs explorent ce monde souterrain pour mieux comprendre, protéger et restaurer les sols dégradés.

Un monde vivant sous nos pieds

Le sol n’est pas un simple support inerte pour les cultures. C’est un écosystème complexe, riche d’une biodiversité souvent méconnue. Un seul gramme de terre peut contenir plusieurs milliards de micro-organismes et des centaines d’espèces différentes. Parmi eux : bactéries, champignons, nématodes, collemboles, acariens, vers de terre ou encore insectes fouisseurs. Cette faune souterraine transforme la matière organique, aère le sol, régule les pathogènes. Elle participe aussi au stockage du carbone. Sans elle, aucun sol ne pourrait rester fertile à long terme.

Étudier l’invisible : un défi scientifique

À Montpellier, des équipes interdisciplinaires de biologistes, écologues, agronomes et spécialistes du sol s’unissent pour mieux comprendre ces communautés souterraines. Grâce à des outils de pointe — analyses génétiques (métabarcoding), extraction physique des organismes, observation au microscope, modélisation numérique — les chercheurs dressent un portrait de plus en plus précis de la biodiversité du sol et de ses fonctions.

Les études menées s’intéressent notamment à la manière dont les pratiques agricoles (labour, intrants, cultures de couverture, agroforesterie…) influencent la structure et le fonctionnement de ces communautés. Certaines espèces clés, comme les vers de terre, sont devenues de véritables indicateurs biologiques de la santé des sols.

Une biodiversité menacée par la dégradation des sols

Érosion, pollution, artificialisation, déforestation : ces phénomènes altèrent profondément l’habitat souterrain. L’appauvrissement de la faune souterraine a plusieurs conséquences :

Comprendre comment la biodiversité du sol réagit aux pressions environnementales permet d’anticiper les impacts sur les agroécosystèmes. Des leviers pour restaurer les fonctions écologiques perdues peuvent alors être identifiés. À Montpellier, les recherches visent à relier la diversité biologique à la qualité des sols sur le long terme.

Une clé pour restaurer les sols

La restauration des sols ne peut se concevoir sans prendre en compte les êtres vivants qui les composent. En testant, sur le terrain, des pratiques agricoles favorables à la biodiversité — comme l’usage de composts, les rotations longues ou l’agroforesterie — les chercheurs montrent qu’il est possible d’enclencher des dynamiques positives : augmentation de la biomasse, amélioration de la structure du sol, meilleure rétention de l’eau et du carbone.

La raréfaction de l’eau impose de repenser en profondeur notre manière de gérer cette ressource essentielle. Loin d’être un simple enjeu technique, l’eau est au croisement de multiples systèmes : naturels, agricoles, urbains, juridiques. À Montpellier, les équipes de la Fondation One Science explorent une approche complexe mais nécessaire : la gestion intégrée de l’eau, pensée à l’échelle des territoires, des usages et des cycles.

Pourquoi une gestion intégrée ?

Pendant longtemps, l’eau a été gérée secteur par secteur : agriculture, industrie, ville, environnement. Mais dans un contexte de changement climatique, d’urbanisation rapide et de pression sur les écosystèmes, cette approche cloisonnée montre ses limites.

La gestion intégrée de l’eau vise à coordonner tous les usages, à préserver les équilibres écologiques, et à anticiper les conflits d’allocation. Elle s’appuie sur trois principes fondamentaux :

Des outils pour comprendre les dynamiques locales

Les chercheurs montpelliérains étudient les cycles de l’eau dans leur complexité, en croisant hydrologie, écologie, urbanisme et sciences sociales. Grâce à des modèles couplés et à des suivis de terrain, ils peuvent simuler :

Ces analyses permettent d’identifier les leviers d’action les plus efficaces pour concilier usages et préservation de la ressource.

Assainissement écologique et régénération naturelle

Au cœur de cette démarche, les solutions dites « fondées sur la nature » prennent une place croissante. Les équipes de la Fondation travaillent sur :

Ces innovations s’appuient sur une connaissance fine des milieux et sur une évaluation rigoureuse de leur efficacité dans différents contextes.

Une gouvernance à construire ensemble

La gestion intégrée ne repose pas uniquement sur la science des flux. Elle implique aussi de comprendre les dynamiques sociales, juridiques et politiques qui structurent l’accès à l’eau. À Montpellier, des chercheurs en droit, en science politique et en économie analysent les dispositifs de gouvernance existants, leurs failles, et les pistes d’amélioration.

Comment répartir équitablement la ressource en période de crise ? Qui décide des usages prioritaires ? Quelle place pour la concertation locale ? Autant de questions au cœur des recherches menées dans les bassins versants méditerranéens et au-delà.

Vers une culture de l’eau partagée

À travers cette approche intégrée, la Fondation One Science défend une vision de l’eau comme bien commun, à gérer de manière collective, éclairée par la connaissance scientifique. Car préserver l’eau, ce n’est pas seulement protéger une ressource : c’est aussi repenser nos territoires, nos pratiques et nos solidarités.

Alors que l’agriculture capte à elle seule près de 70 % des ressources en eau douce mondiales, elle se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Entre pression climatique, raréfaction hydrique et nécessité de nourrir une population croissante, le défi est immense : comment produire mieux avec moins d’eau ? À Montpellier, les scientifiques explorent des solutions concrètes pour rendre les systèmes agricoles résilients et plus sobres.

L’eau agricole sous tension

Dans de nombreuses régions, notamment en Méditerranée, les sécheresses deviennent plus longues et plus fréquentes. Le stress hydrique impacte directement les rendements agricoles, modifie les calendriers culturaux, et fragilise les écosystèmes. L’irrigation, pilier de la production intensive, devient elle-même incertaine, soumise à la disponibilité de la ressource, à la concurrence des usages et aux réglementations croissantes.

Les chercheurs montpelliérains étudient cette interaction entre agriculture et hydrologie à travers une approche systémique, intégrant les dimensions climatiques, écologiques et socio-économiques.

Vers des cultures moins gourmandes en eau

L’une des pistes de recherche clés consiste à développer des systèmes de culture mieux adaptés aux conditions sèches. Cela passe notamment par :

À Montpellier, des essais en conditions contrôlées et en plein champ permettent de tester la réponse des cultures au stress hydrique et d’identifier les leviers les plus efficaces.

Innover dans l’irrigation

Au-delà du choix des cultures, l’optimisation de l’irrigation constitue un axe de recherche central. Grâce à des technologies de capteurs, de télédétection et de modélisation, les chercheurs développent des outils d’aide à la décision qui permettent d’irriguer au bon moment, avec la bonne quantité.

Des expérimentations menées dans le sud de la France montrent qu’il est possible de réduire significativement la consommation d’eau sans compromettre les rendements, en ajustant finement les apports aux besoins réels des plantes.

Des territoires agricoles à repenser

Les enjeux ne sont pas uniquement techniques : ils sont aussi territoriaux. Comment concilier les besoins des agriculteurs, des villes et des milieux naturels dans un contexte de rareté ? Les chercheurs en géographie, économie et sciences politiques de la Fondation analysent les politiques de gestion de l’eau à l’échelle des bassins versants. Ils étudient également les inégalités d’accès à la ressource et les mécanismes de gouvernance locale, en collaboration avec les acteurs du territoire.

Une transition guidée par la science

Réduire la dépendance de l’agriculture à l’eau, sans sacrifier sa productivité ni sa durabilité, nécessite une transformation profonde des systèmes alimentaires. C’est cette transition que les équipes scientifiques montpelliéraines accompagnent, en produisant des connaissances robustes, des outils opérationnels et des scénarios d’adaptation réalistes.

Face à la raréfaction de l’eau, l’innovation agricole n’est plus un luxe, mais une nécessité. Grâce à une recherche ancrée dans les réalités locales et ouverte sur les enjeux globaux, la Fondation One Science contribue à construire l’agriculture résiliente de demain.

Alors que les tensions autour de l’eau douce s’intensifient à l’échelle mondiale, anticiper les pénuries devient une nécessité stratégique. À Montpellier, les chercheurs mobilisent des outils de pointe pour comprendre et prévoir les dynamiques futures de la ressource en eau. Leur ambition : fournir des projections fiables grâce à la modélisation climatique pour accompagner les décisions politiques, agricoles et territoriales.

L’eau, une variable climatique en mutation

Les données sont sans appel : d’ici 2050, le débit de nombreux cours d’eau pourrait diminuer de 20 % sous l’effet conjugué du réchauffement climatique, de l’évapotranspiration accrue et de la baisse des précipitations dans certaines régions. La zone méditerranéenne, déjà soumise à un climat chaud et sec, est particulièrement vulnérable.

Les scientifiques montpelliérains travaillent avec des modèles climatiques régionaux (RCM) capables de simuler les futurs possibles du cycle de l’eau à différentes échelles — du bassin versant au territoire national. Ces modélisations climatiques prennent en compte les scénarios d’émissions de gaz à effet de serre (scénarios RCP ou SSP), les changements d’usage des sols, ainsi que les variations saisonnières de la température et des précipitations.

De la donnée brute à la prévision utile

Pour construire ces projections, les chercheurs s’appuient sur un maillage complexe de données : stations météorologiques, capteurs hydrométriques, images satellite, relevés piézométriques… Ces données sont intégrées dans des modèles numériques capables de simuler l’évolution des nappes phréatiques, le ruissellement de surface, ou encore la recharge des aquifères.

À Montpellier, plusieurs équipes spécialisées en hydrologie, climatologie et géoinformatique collaborent pour améliorer la précision et la robustesse de ces outils. Elles développent notamment des modèles couplés, capables de relier les dynamiques climatiques aux comportements socio-économiques (agriculture, urbanisation, usages domestiques).

Anticiper pour mieux s’adapter

Ces modélisations climatiques ne sont pas de simples exercices théoriques : elles constituent des aides à la décision précieuses pour les collectivités territoriales, les gestionnaires de l’eau, et les acteurs agricoles. En anticipant les périodes de sécheresse, en identifiant les zones à risque de déficit hydrique ou de pollution, elles permettent d’adapter les politiques publiques, les cultures ou les infrastructures.

La Fondation One Science s’attache également à rendre ces outils accessibles aux décideurs et aux citoyens. Des cartes interactives, des tableaux de bord territoriaux ou des simulations participatives sont développés pour renforcer la compréhension des enjeux et encourager une gestion collective de la ressource.

Une science au service du long terme

Face à une ressource aussi variable que vitale, la modélisation climatique joue un rôle clé : elle éclaire le futur pour mieux s’y préparer. À travers leurs travaux, les chercheurs de Montpellier participent à une dynamique internationale qui vise à renforcer la résilience des territoires, dans un monde où l’eau devient l’un des biens les plus stratégiques du XXIe siècle.